L’escamoteuse qui croyait en l’utopie: 2- Jouer les victimes.

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Depuis ma plus tendre enfance, j’aime me plaindre. Oh, pas de façon lancinante, non. De façon insidieuse, pour que les personnes qui m’entourent se préoccupe de moi.

C’est comme ça que j’ai ferré ma toute première proie. Il s’appelait Pierre. Et nous étions en CE1. Pierre était déjà « Le petit garçon populaire » de l’école et moi, j’étais une larve. C’est comme ça que mon grand frère m’appelait.

« Ma petite larve »

Revenons-en à Pierre. On ne peut pas dire qu’il était beau, en même temps à sept ans… on ne peut pas être vraiment beau. Enfin vous me comprenez. Mais il attirait sans aucune explication, les convoitises de mes camarades de classe.

Tous avaient plus ou moins de succès avec lui et entraient donc dans son clan. Tous sauf moi. Il ne me remarquait même pas.

Je pouvais m’asseoir à côté de lui, il ne m’adressait pas la parole, je pouvais le bousculer dans  les couloirs, il ne me regardait même pas et continuait son chemin.

C’est d’ailleurs ce jour-là, que j’ai décidé de m’en faire un allié. Je détestais (et déteste toujours) être invisible. Vraiment. Il n’y a rien de pire. Et lui voyait simplement à travers moi. Comme si j’étais transparente.

Un jour, j’ai donc pris mon courage à deux mains et je suis allée me planter devant lui alors qu’il courait, pour qu’il me fasse tomber.

Il s’est alors retourné et m’a dégainé un « Tu sais pas faire attention ! ». Je n’étais plus invisible.

Je suis alors passée à la deuxième phase : Le directeur de l’établissement. Je me suis mise à pleurer.

Notre institutrice est arrivée vers moi et je lui ai expliqué que Pierre m’avait poussé très violement et de façon tout à fait volontaire.

Une sale Gamine.

Lorsqu’il a été appelé dans le bureau du directeur, il n’a pas pu se retenir de protester et de dire ce qu’il s’était réellement passé. Mais rien à faire. Le directeur l’a fait pleurer. En fait je l’ai indirectement fait pleurer. Et cela m’a procuré une sensation de puissance et de domination, qui ne m’a plus jamais quittée.

J’ai remarqué ce jour-là, que je pouvais manipuler les gens et ce, en paraissant tout à fait innocente.

J’ai jeté un sourire en coin à Pierre, ce qui n’a pas manqué de l’énerver un peu plus. A cet instant  il sut qui j’étais, qu’il m’inclue ou non dans son petit groupe, il connaissait mon nom. Qu’il me détesta ou non, il savait de quoi j’étais capable.

Le lendemain, il est venu de lui-même se placer à côté de moi. Non pas pour discuter, mais bien pour me piquer mon plumier.

J’ai rejoué les victimes et il s’est de nouveau fait convoquer. Cette fois ses parents aussi.

Les jours qui ont suivis, il m’a évité et c’est moi qui suis allée le voir pour « faire la paix » comme nous disions en ce temps-là.

Il a accepté à contre cœur, mais la liste de ses amis s’amenuisait de plus en plus. Pierre a bien été obligé d’admettre sa défaite. J’étais maintenant le centre d’intérêt.

La « petite larve » se transformait en papillon de la manipulation.

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